Contexte
Tout groupe humain est amené à traverser des conflits. Qu’il s’agisse d’une équipe de travail, d’un conseil d’administration, d’une association de quartier ou d’un collectif militant, aucune communauté n’échappe à cette réalité : dès lors que des personnes se réunissent autour d’un projet commun, leurs différences — de valeurs, de perceptions, de besoins, d’intérêts — finissent tôt ou tard par se heurter. Le conflit n’est pas le signe d’un dysfonctionnement, ni la preuve d’un échec collectif. Il est, au contraire, la marque d’un groupe vivant, traversé par des énergies, des ambitions et des subjectivités qui refusent de s’effacer.
Nous considérons même, à la suite des travaux d’Alexia Morvan et de Paul Ricoeur, que la reconnaissance de la conflictualité est ce qui fonde la démocratie : “Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage.”
La vraie question n’est donc pas de savoir si un conflit surviendra, mais comment le traverser lorsqu’il se présente. Car un conflit mal géré peut fracturer une équipe, paralyser une organisation, laisser des blessures durables. Mais un conflit bien animé — accueilli, nommé, travaillé — devient une opportunité rare : celle de mieux se comprendre, de clarifier ce qui compte vraiment, et de construire ensemble des solutions plus robustes que celles qui existaient avant la tension.
Cette formation vous transmettra des grilles d’analyses et outils concrets pour les comprendre, écouter ce qu’ils disent de nos organisations et de nos relations, et leur apporter des réponses pour faire évoluer nos collectifs dans une perspective démocratique, c’est à dire égalitaire et anti-oppressive.
À qui s'adresse cette formation ?
Toute personne salariée, gérante d’entreprise, bénévole, militante associative, syndicale ou citoyenne ayant en charge ou souhaitant prendre en charge l’organisation et l’animation de collectifs, de lieux partagés, l’accueil de publics.
Avoir une expérience du travail en équipe, en collectif ou en animation d’un groupe. Comprendre le français à l’oral et à l’écrit, et être capable de s’exprimer au moins approximativement en langue française à l’oral et à l’écrit. Avoir la volonté de se confronter à des situations conflictuelles.
Objectifs de la formation
- Identifier et analyser les dynamiques conflictuelles au sein d’un groupe, en distinguant les comportements oppressifs des conflits de fond, de forme et de relation, afin d’adapter sa réponse à chaque situation.
- Adopter une posture de tiers facilitateur permettant d’accueillir les tensions sans les amplifier ni les étouffer, en maintenant un cadre sécurisant pour toutes les parties.
- Développer sa propre intelligence émotionnelle face aux situations de tension, en apprenant à gérer ses réactions, à poser des limites claires et à rester ancré dans une intention de coopération.
- Mobiliser des outils et méthodes d’animation pour rendre le conflit constructif — écoute active, reformulation, médiation, négociation raisonnée — pour transformer le désaccord en levier de progression collective.
- Faire évoluer le cadre collectif de sa structure – raison d’être, missions, gouvernance – à travers l’analyse de situation conflictuelles .
Programme complet
Jour 1 : Comprendre les conflits
Contenu :
- Changer de regard : les conflits comme étape dans la vie d’un groupe et consubstantiel à toute démocratie.
- Reconnaître les différences entre conflit et oppression.
- Du conflit démocratique à la domination : les différents types et niveaux de conflits.
- Les freins à la construction d’une conflictualité constructive.
- Être juste dans les conflits : approche punitive VS approches transformatrices
Objectif pédagogique :
- Distinguer situations de conflits et situations d’oppression
Jour 2 : Intervenir dans une situation conflictuelle
Contenu :
- Adopter une posture adaptée à sa situation dans le conflit.
- Tendre vers l’égalité entre les protagonistes d’un conflit qui sont dans une position asymétrique.
- Aider à formuler précisément le désaccord par l’écoute active de chaque partie.
- Poser un cadre propice à une mise en conflictualité non-violente.
- Manipuler des outils de médiation interpersonnels.
- La place des émotions dans le conflit.
Objectifs pédagogiques :
- Décrire une posture d’écoute active permettant l’expression des désaccords.
- Présenter un cadre de médiation interpersonnel.
Jour 3 : Concevoir un cadre collectif d’animation des conflits
Contenu :
- Découvrir des méthodes issues de l’entraînement mental pour trouver des réponses créatives aux situations de conflit.
- S’inspirer des principes des justices non punitives pour restaurer les relations.
- Aller à la racine : comment les fragilités et contradictions d’un projet collectif génèrent des conflits.
Objectif pédagogique :
- Déterminer les angles morts du projet collectif d’une structure à partir d’une situation de conflit.
- Proposer un cadre d’animation pour construire une réponse collective à un conflit.
Modalités et méthodes pédagogiques
La formation s’adaptera au fur et à mesure de l’évolution des propositions des stagiaires, dans des allers-retours permanents entre apports théoriques, outillages méthodologiques, et cas pratiques. Elle alternera ainsi travail en groupes, en individuel.le, et en plénière, partages et analyses d’expériences (savoirs chauds), apports théoriques, universitaires, scientifiques (savoirs froids).
Elle sera également agrémenté d’expérimentations d’outils, jeux et exercices réutilisables hors conditions de formations, illustrant et alimentant les thématiques journalières.
Les ressources mobilisées puiseront dans les expériences, outils et pratiques de l’éducation populaire, des pédagogies critiques et émancipatrices, du Théâtre de l’Opprimé, du Cirque Social, de l’Entrainement Mental, ou encore du Community Organizing et de l’Empowerment anglo-saxon, ou bien pratiques de justice transformative et d’intervention communautaire.
Elles puiseront également dans les expériences des formataires, en tant qu’accompagnant.e.s de collectifs, dirigeant.e.s associatifs, développaires de projets dans les champs de l’éducation populaire et de la culture, organisataires et militant.e.s au sein de luttes pour la justice sociale et écologique.
Modalité d'évaluation
En préalable à toute inscription définitive, un échange téléphonique ou par mail sera mené par l’un.e des formataires afin de s’assurer des pré-requis nécessaires à l’intégration de cette formation. Il aura également pour objet de cerner les besoins et attentes des futures stagiaires.
Tout au long de la formation, des bilans collectifs et individuels seront effectués afin de mesurer et réajuster les écarts potentiels entre les attentes des stagiaires, les objectifs de départ, les apprentissages de chacun.e, le déroulement réel de la formation, ainsi que la compréhension et l’appropriation des contenus.
À l’issue de la formation en présentiel un questionnaire de satisfaction à chaud sera communiqué aux stagiaires.
